Yahoo! sanctionnĂ©e par la CNIL (2/2) : đŸȘ des cookies Ă  10 millions d'Euros...

Les éléments de contextes liés à cette sanction sont disponibles dans le premier article composant cette étude. Nous vous invitons à le consulter par ici.

Cet article est de niveau intermĂ©diaire : les concepts Ă©lĂ©mentaires de protection des donnĂ©es personnelles n’y sont pas expliquĂ©s et son requis pour comprendre certaines parties de ce commentaire de sanction. Les rĂ©sumĂ©s de sections et le rĂ©sumĂ© d’ensemble de l’article restent toutefois accessibles Ă  toutes et tous.

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Le temps de lecture estimĂ© de cet article est de 12minutes. Si vous souhaitez y consacrer moins de temps,un rĂ©sumĂ©partielvous attend enfin de chaque sectionet un rĂ©sumĂ© d’ensemble est disponible en bas de page, tous marquĂ©s par l'emoji đŸ›Žïž.

🔖 Le plan de l’étude

Cette Ă©tude de la sanction prononcĂ©e Ă  l’encontre de Yahoo! A Ă©tĂ© publiĂ©e en deux fois :

1ïžâƒŁ un premier article, qui apportait des Ă©lĂ©ments de contexte et traitait la problĂ©matique de la compĂ©tence matĂ©rielle et territoriale de la CNIL dans cette affaire.

2ïžâƒŁ ce second article, publiĂ© deux semaines plus tard, aborde le problĂšme de fond sur les cookies et les manquements sanctionnĂ©s, ainsi que la sanction Ă  proprement parler.

đŸȘ Quelques rappels sur les cookies đŸȘ

La crĂ©ation des cookies (numĂ©riques) đŸ”č remonte Ă  1994 đŸ”č et est attribuĂ©e Ă  Lou Montulli, un des premiers ingĂ©nieurs de Netscape. Le cookie Ă©tait une solution technique Ă  un problĂšme technique : « l’amnĂ©sie Â» d’Internet. En effet, chaque interrogation d’un serveur Ă©tant considĂ©rĂ©e comme une requĂȘte indĂ©pendante, elle ne continue pas naturellement la « conversation Â» ayant lieu avec le client (le navigateur Internet). Au contraire, chaque nouvelle requĂȘte reprend cette conversation depuis le dĂ©but et ne permet pas de continuitĂ© lors du passage d’une page Ă  l’autre. Le problĂšme mĂ©tier auquel l’équipe de Netscape Ă©tait confrontĂ©e dans ce cadre Ă©tait celui du panier virtuel pour les besoins d’un site de e-commerce. Plusieurs solutions techniques auraient permis de rĂ©pondre Ă  ce problĂšme, mais elles ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s, notamment car elles manquaient de robustesse ou d’optimisation par rapport Ă  la solution du cookie, ou bien car elles intĂ©graient de forts problĂšmes de vie privĂ©e.

💡
TrĂšs simplement, le « cookie Â» est đŸ”č une information envoyĂ©e par un serveur Ă  un client, pour l’identifier et lui attribuer certains Ă©lĂ©ments Ă  retenir đŸ”č : c’est ce qui permet cette fameuse continuitĂ© dans les Ă©changes.

Bien-sĂ»r, de nombreuses autres applications plus ou moins complexes de cette solution technique ont vu le jour, notamment pour suivre le comportement d’un utilisateur et lui adresser de la publicitĂ©. Elles ont d’ailleurs soulevĂ©, dĂšs les premiĂšres annĂ©es de leur utilisation, des questionnements quant Ă  leur implication en termes de vie privĂ©e des utilisateurs.

En 2002, la directive ePrivacy a vu le jour et a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e dans le droit français par une loi de 2004. C’est de lĂ  que vient l’article 82 (anciennement article 32) de la Loi Informatique et LibertĂ©s, sur lequel sont fondĂ©es toutes les sanctions de la CNIL relatives Ă  des usages illicites des cookies.

Depuis cette date, le rĂ©gime juridique applicable aux cookies s’est progressivement enrichi, grĂące Ă  la jurisprudence relative Ă  son application, mais aussi aux diffĂ©rentes lignes directrices qui ont Ă©tĂ© publiĂ©es, et Ă  l’entrĂ©e en vigueur du RGPD en 2018, qui vient notamment renforcer les conditions d’application de ces rĂšgles.

đŸ›Žïž En bref

🟣 Les cookies existent depuis les annĂ©es 1990.

🟣 Ils peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour apporter des fonctionnalitĂ©s Ă  l’utilisateur,mais aussi Ă  des fins de profilage, en particulier pour de la publicitĂ© ciblĂ©e.

🟣 Leur usage est encadrĂ© en Europe par la directive ePrivacy et, par renvoi pour prĂ©ciser certaines notions, par le RGPD.

🟣 En France, c’est l’article 82 de la Loi Informatique et LibertĂ© qui pose l’essentiel de ce rĂ©gime.

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Des initiatives europĂ©ennes sont d’ailleurs en prĂ©paration, afin de faire Ă©voluer le cadre applicable aux cookies et autres traceurs. Un article sera prochainement ajoutĂ© sur ce blog Ă  ce sujet. Pour ne pas manquer sa publication, pensez Ă  me suivre sur LinkedIn.

⛔ Les manquements constatĂ©s ⛔

Pour rappel, voici ce que contient l’article 82 de la Loi Informatique et LibertĂ©s.

🔖
Tout abonnĂ© ou utilisateur d'un service de communications Ă©lectroniques doit ĂȘtre informĂ© de maniĂšre claire et complĂšte, sauf s'il l'a Ă©tĂ© au prĂ©alable, par le responsable du traitement ou son reprĂ©sentant : 1° De la finalitĂ© de toute action tendant Ă  accĂ©der, par voie de transmission Ă©lectronique, Ă  des informations dĂ©jĂ  stockĂ©es dans son Ă©quipement terminal de communications Ă©lectroniques, ou Ă  inscrire des informations dans cet Ă©quipement ; 2° Des moyens dont il dispose pour s'y opposer. Ces accĂšs ou inscriptions ne peuvent avoir lieu qu'Ă  condition que l'abonnĂ© ou la personne utilisatrice ait exprimĂ©, aprĂšs avoir reçu cette information, son consentement qui peut rĂ©sulter de paramĂštres appropriĂ©s de son dispositif de connexion ou de tout autre dispositif placĂ© sous son contrĂŽle. Ces dispositions ne sont pas applicables si l'accĂšs aux informations stockĂ©es dans l'Ă©quipement terminal de l'utilisateur ou l'inscription d'informations dans l'Ă©quipement terminal de l'utilisateur : 1° Soit, a pour finalitĂ© exclusive de permettre ou faciliter la communication par voie Ă©lectronique ; 2° Soit, est strictement nĂ©cessaire Ă  la fourniture d'un service de communication en ligne Ă  la demande expresse de l'utilisateur.

Cet article 82 prĂ©voit đŸ”č les conditions dans lesquelles des « informations Â» peuvent ĂȘtre soit inscrites dans le terminal de l’utilisateur, soit lues. đŸ”č Dans notre affaire Yahoo, il s’agit donc des conditions dans lesquelles les cookies peuvent ĂȘtre dĂ©posĂ©s ou consultĂ©s.

Deux conditions sont posĂ©es par cet article de la LIL : l’information prĂ©alable de l’utilisateur, mais aussi son consentement. En application de cette disposition, deux comportements sont reprochĂ©s Ă  Yahoo : le dĂ©pĂŽt de cookies sans consentement de l’utilisateur d’une part, et les messages dĂ©courageant les utilisateurs de Yahoo Mail Ă  retirer les cookies d’autre part.

La problĂ©matique se concentre donc en l’espĂšce sur la gestion du consentement, Ă  deux Ă©tapes diffĂ©rentes de la relation entre Yahoo et l’utilisateur.

ă€°ïž Les cookies dĂ©posĂ©s sans consentement

Par principe, les cookies ne peuvent pas ĂȘtre dĂ©posĂ©s sans avoir reçu un consentement prĂ©alable de l’utilisateur (consentement qui doit avoir les qualitĂ©s requises par le RGPD et les lignes directrices 5/2020 du CEPD). Par exception, certains cookies peuvent ĂȘtre exemptĂ©s de consentement (les cookies purement fonctionnels, ou servant Ă  de l’analytique dans certains cas, ou encore ceux nĂ©cessaires Ă  l’exĂ©cution d’une action demandĂ©e par l’utilisateur). Les cookies publicitaires ne remplissent pas les conditions pour ĂȘtre exemptĂ©s de consentement, ils ne peuvent donc jamais ĂȘtre dĂ©posĂ©s sur le terminal de l’utilisateur avant que ce dernier n’ait manifestĂ© un consentement valide.

Pourtant, lors des deux contrĂŽles en ligne rĂ©alisĂ©s par la CNIL, celle-ci a constatĂ© que des cookies publicitaires Ă©taient dĂ©posĂ©s dans le terminal de l’utilisateur, alors que ce dernier n’avait pas manifestĂ© de consentement.

Dans le premier cas, aprĂšs que l’utilisateur ait paramĂ©trĂ© ses choix en n’activant aucun des cookies publicitaires proposĂ©s, 7 cookies publicitaires Ă©taient dĂ©posĂ©s sur son terminal. Dans le second cas, sans aucun paramĂ©trage de l’utilisateur (donc sans aucun consentement donnĂ©), en utilisant les services de Yahoo pour crĂ©er un compte de messagerie, au total 20 cookies publicitaires avaient Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s.

On voit donc que les pratiques constatĂ©es ne sont pas en phase avec les exigences lĂ©gales en termes de consentement nĂ©cessaire au dĂ©pĂŽt de cookies, et constitutent donc en cela un manquement Ă  l’article 82 de la Loi Informatiques et LibertĂ©s.

Deux prĂ©cisions sont ensuite Ă  apporter par rapport Ă  cette absence de consentement :

đŸ”č La premiĂšre tient au fait que Yahoo a contestĂ© sa responsabilitĂ©, dans la mesure oĂč les cookies publicitaires Ă©taient techniquement dĂ©posĂ©s par des tiers. Cette question sera abordĂ©e par cette Ă©tude dans le cadre de la partie sur la responsabilitĂ©.

đŸ”č La seconde est la remarque de la CNIL quant Ă  l’ineffectivitĂ© du panneau de paramĂ©trage des cookies. En effet, en donnant la possibilitĂ© Ă  l’utilisateur de paramĂ©trer quels cookies il souhaite accepter ou non, et en ne prenant pas en comtpe ce choix par la suite, les consĂ©quences en sont aggravĂ©es. L’utilisateur peut raisonnablement encore moins s’attendre Ă  ce que des cookies publicitaires soient dĂ©posĂ©s, s’il les a explicitement refusĂ©s !

Le premier manquement, de façon assez classique concernant les violations de l’article 82 de la LIL, tient donc en ce que des cookies sont dĂ©posĂ©s sans consentement de l’utilisateur. Un second manquement est ensuite constatĂ© par la CNIL, plus original cette fois-ci et se situant plus loin dans la relation avec l’utilisateur


⚠ Les avertissements dĂ©courageant le retrait du consentement

La directive ePrivacy impose le consentement de l’utilisateur comme condition prĂ©alable au dĂ©pĂŽt de cookies, mais ne dĂ©finit pas directement ce consentement. Elle opĂšre, pour tout ce qui est relatif Ă  cette question, un renvoi vers le RGPD. Or, l’une des modalitĂ©s relatives au consentement prĂ©vues par le RGPD (dans son article 7) est la possibilitĂ© de le retirer Ă  tout moment. La personne doit d’ailleurs ĂȘtre informĂ©e de cette possibilitĂ©, et doit pouvoir retirer son consentement de façon aussi simple que lorsqu’elle l’avait prĂ©alablement donnĂ©.

C’est au sujet du retrait de consentement que la CNIL a constatĂ© un second manquement dans cette affaire. En effet, lors des deux parcours utilisateurs suivis par le service des contrĂŽles de la CNIL, une alerte l’avertissait du fait que s’il retirait son consentement, il ne pourrait plus avoir accĂšs aux services de Yahoo, y compris la messagerie pour laquelle il avait crĂ©Ă© un compte.

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"Si vous les désactivez, vous révoquez votre consentement et ne pourrez plus accéder aux produits Verizon Média, notamment Yahoo Mail, Yahoo News, Huffington Post, etc."

Cela pose bien-sĂ»r la question de la libertĂ© de retrait du consentement. À ce sujet, Yahoo a soutenu au cours da la procĂ©dure que des services alternatifs existaient, fournis par d’autres prestataires. Ainsi, l’utilisateur qui choisirait de retirer son consentement Ă  l’usage des cookies se verrait bien refuser l’accĂšs ultĂ©rieur aux services de Yahoo. Mais il pourrait tout Ă  fait demander la portabilitĂ© de ses donnĂ©es pour utiliser des services alternatifs. Cet argument ne fait toutefois pas le poids face aux conditions de libertĂ© du consentement (et de son retrait) posĂ©es par le RGPD et la jurisprudence, et reprises ici par la CNIL.

En effet, dans un premier temps et de façon gĂ©nĂ©rale, le considĂ©rant 42 du RGPD prĂ©cise que le consentement n’est pas considĂ©rĂ© comme donnĂ© librement s’il n’est pas possible pour l’utilisateur de le retirer sans subir de prĂ©judice. De plus, cette dĂ©libĂ©ration de la CNIL datant de dĂ©cembre 2023, la formation restreinte a eu l’opportunitĂ© de s’appuyer sur la toute rĂ©cente jurisprudence Meta rendue en juillet 2023 qui portait sur une problĂ©matique proche. La CNIL cite un extrait de cette dĂ©cision de la CJUE, qui s’applique tout Ă  fait Ă  cette espĂšce : elle indique que les utilisateurs doivent pouvoir « refuser individuellement, dans le cadre du processus contractuel, de donner leur consentement Ă  des opĂ©rations particuliĂšres de traitement de donnĂ©es non nĂ©cessaires Ă  l’exĂ©cution du contrat sans qu’ils soient pour autant tenus de renoncer intĂ©gralement Ă  l’utilisation du service Â» (CJUE, Meta, 2023).

On retrouve en effet des Ă©lĂ©ments en commun entre ces deux affaires, qui se transposent bien de l’une Ă  l’autre : des traitements non-nĂ©cessaires Ă  l’accomplissement de la prestation demandĂ©e, pour lesquels il devrait donc ĂȘtre possible de retirer (ou ne pas donner) son consentement, sans pour autant se priver de l’intĂ©gralitĂ© du service. Cette privation de l’intĂ©gralitĂ© du service caractĂ©rise ici le fameux prĂ©judice qui ne peut pas, d’aprĂšs le RGPD, peser sur l’utilisateur retirant son consentement, sous peine de vicier ce dernier.

La CNIL retient donc qu’en consĂ©quence de la privation du service en cas de retrait de consentement (et du fait des messages d’avertissement incitant fortement les utilisateurs Ă  ne pas retirer ce consentement), Yahoo fait obstacle au retrait de consentement et porte prĂ©judice Ă  l’utilisateur qui le retirerait effectivement.

Le tout affecte la validitĂ© du consentement, qui n’est alors plus considĂ©rĂ© comme donnĂ© librement par l’utilisateur. Ainsi, sans consentement valide, les cookies sont dĂ©posĂ©s de façon illicite, en violation de l’article 82 de la LIL.

đŸ›Žïž En bref

🟣 En violation de l’article 82 de la LIL, Yahoo s’affranchit du consentement pourtant requis pour dĂ©poser des cookies publicitaires.

🟣 La CNIL retient ensuite que Yahoo fait pression sur les utilisateurs pour tenter de les empĂȘcher de retirer leur consentement Ă  l’utilisation de cookies, ce qui le rend invalide ; les cookies dĂ©posĂ©s en vertu de ce consentement constituent alors Ă©galement un usage illicite entrant en violation de l’article 82 de la LIL.

đŸ›ïž ResponsabilitĂ© et amende đŸ›ïž

⚖ ResponsabilitĂ© de Yahho

Il a d’abord fallu dĂ©terminer quelle entitĂ©, au sein de l’enchevĂȘtrement de sociĂ©tĂ©s qui matĂ©rialise l’activitĂ© de Yahoo en Europe, est responsable des traitements issus de l’usage des cookies dĂ©posĂ©s dans les terminaux des utilisateurs en France. Pour cela, sans que cela n’ait soulevĂ© de contestation de la part de Yahoo, la CNIL a rĂ©uni plusieurs indices : la dĂ©claration dans la politique de confidentialitĂ©, l’analyse in concreto des activitĂ©s et influences des diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s (notamment Yahoo France et Yahoo EMEA), et des dĂ©claractions Ă©crites de ces diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s, allant toutes dans le sens de la responsabilitĂ© de Yahoo EMEA.

S’est ensuite posĂ© une questions plus prĂ©cise, concernant les cookies publicitaires dĂ©posĂ©s sans attendre un consentement de l’utilisateur. Yahoo EMEA a sur ce point tentĂ© de se dĂ©fausser derriĂšre les « tiers Â» les ayant dĂ©posĂ©s. À la fois le Conseil d’État et la CNIL soutiennent pourtant depuis des annĂ©es que l’entitĂ© mettant le site web Ă  disposition du public est bien responsable en cas d’usage illicite de cookies tiers. A l’appui de sa dĂ©cision, la CNIL rappelle ainsi Ă  la fois un arrĂȘt du Conseil d’État Editions Croque Futur de 2018, ainsi qu’une sanction du Figaro de juillet 2021 et des sanctions plus anciennes Ă©galement prononcĂ©es par la CNIL dans les cas similaires. Toutes ces dĂ©cisions vont bien, de façon constante, dans le sens d’une responsabilitĂ© de l’éditeur du site web via lequel des cookies tiers sont dĂ©posĂ©s sur le terminal de l’utilisateur. Elles prĂ©cisent que l’obligation de vĂ©rifier que ces dĂ©pĂŽts de cookies sont bien licites pĂšse sur cet Ă©diteur.

đŸ›Žïž En bref

🟣 Les Ă©lĂ©ments factuels et formels ont tous convergĂ© vers la qualification de Yahoo EMEA comme responsable des traitements en cause.

🟣 En accord avec la jurisprudence antĂ©rieure, le fait que les cookies publicitaires concernĂ©s ait Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s par des tiers ne permet par Ă  Yahoo, qui a permis leur usage, de se dĂ©gager de sa responsabilitĂ©.

đŸ’” Calcul de l’amende

Dans le cadre d’une violation de l’article 82 de la Loi Informatique et LibertĂ©s, la CNIL peut prononcer une amende allant jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires de l’entitĂ© en faute, ou 10 millions d’euros.

Les critĂšres pris en compte pour moduler la sanction, relatifs aux manquements, sont les suivants :

đŸ”č Tout d’abord, nous notons que CNIL insiste Ă  plusieurs reprise sur la gravitĂ© des manquements : tout d’abord les traitements effectuĂ©s Ă  l’insu des utilisateurs, y compris en laissant penser grĂące au panneau de paramĂ©trage des cookies qu’il Ă©tait possible de refuser leur dĂ©pĂŽt, mais Ă©galement la « pression Â» pesant sur les utilisateurs pour les dĂ©courager de retirer leur consentement.

đŸ”č Au sujet des personnes concernĂ©es, la CNIL a retenu le chiffre de 5 millions (qui correspond aux visiteurs uniques du domaine yahoo.com entre 2019 et 2020, pĂ©riode de rĂ©ception des plaintes).

đŸ”č Quant Ă  la pĂ©riode de violation retenue, elle est fixĂ©e, pour les deux manquements cumulĂ©s, entre le le 12 juin 2019 (date de la premiĂšre plainte reçue) et le 7 juillet 2021 (date du retrait par Yahoo de son message dĂ©courageant les utilisateurs Ă  retirer leur consentement) (soit au total 21 mois).

La CNIL considĂšre bien l’amĂ©lioration des pratiques de Yahoo en termes de gestion des donnĂ©es personnelles, telles que communiquĂ©es par cette derniĂšre, Ă  partir de juillet 2021. Ces amĂ©liorations ne peuvent toutefois pas affecter l’apprĂ©ciation des manquements constatĂ©s jusqu’à cette date.

Enfin, on note que la CNIL, rĂ©pondant Ă  une remarque de la sociĂ©tĂ©, prend le temps de prĂ©ciser qu’en dĂ©pit de la coopĂ©ration de Yahoo de façon discontinue avec la CNIL depuis le dĂ©but de la procĂ©dure, cela ne constitue pas une circonstance attĂ©nuante – tout au plus, cela permet de ne pas retenir Ă  son Ă©gard un manquement supplĂ©mentaire de non-coopĂ©ration avec les services de la CNIL. Cette coopĂ©ration est donc neutre quant au calcul de l’amende.

đŸ›Žïž En bref

🟣 La sanction retenue est finalement une amende administrative de 10 millions d’euros.

🟣 La gravitĂ© des manquements, les 5 millions de personnes concernĂ©es et ladurĂ©e estimĂ©ede 21 mois ont contribuĂ© au calcul de cette amende.

Attention, cette amende ne correspond pas ici au maximum applicable. En effet, le chiffre d’affaires annuel retenu de Yahoo EMEA Ă©tant suppĂ©rieur Ă  500 millions d’euros, c’est le plafond de 2 % de ce chiffre d’affaires qui s’applique, non celui de 10 millions d’euros.


đŸ›Žïž En bref, les Ă©lĂ©ments-clĂ©s Ă  Ă  retenir de cette seconde partie de l’étude
 đŸ›Žïž

🟣 Les cookiespeuvent remplir un rĂŽle fonctionnel trĂšs pratique pour l’utilisateur, mais aussi servir desintĂ©rĂȘts publicitaires.

🟣 Dans ce dernier cas, la directive ePrivacy et l’article 82 de la LIL imposent d’obtenir un consentement prĂ©alable de l’utilisateur avant l’usage de ces cookies.

🟣 Le RGPD et la jurisprudence posent des conditions strictes à l’obtention de ce consentement, et notamment le fait qu’il soit libre de toute contrainte.

🟣 Yahoo, via deux pratiquesliĂ©es aux cookies, a failli Ă  respecter ces conditions liĂ©es au consentement et s’est placĂ©e dans une situation de violation de la loi.

🟣 Yahoo EMEA a Ă©tĂ© retenue comme responsable de traitement dans cette affaire, y compris, de façon assez classique, concernant les cookiesdĂ©posĂ©s par destiers.

🟣 La sanction de 10 millions d’euros anotammentpris en compte la gravitĂ© des manquements, pouvant concerner les 5 millions d’utilisateurs retenus.

📚 Bibliographie indicative

📑 DĂ©libĂ©ration SAN-2023-024 du 29 dĂ©cembre 2023, sanction de Yahoo EMEA.

đŸ—žïž Annonce de la sanction par la CNIL.

📒 Article 82 de la Loi Informatique et LibertĂ©s.

⚖ CJUE, « Meta Â», C 252/21, 4 juillet 2023.

⚖ Conseil d’État, 6 juin 2018, 412589, Editions Croque Futur.

⚖ DĂ©libĂ©ration SAN-2021-013 du 27 juillet 2021, sanction du Figaro.

📑 David M. Kristol,“HTTP Cookies: Standards, Privacy, and Politics”, ACM Transactions of Internet Technology, Volume 1, Issue 2, 2001.

📑 L’article de « Hidden Heroes Â» sur Lou Montulli.

Joëlie

Joëlie

🎐 Entrepreneure lyonnaise, j'aide les professionnels Ă  maĂźtriser les risques liĂ©s aux traitements de l'information. ✹
Lyon, France